Les conseils de lecture d'Alexis Charniguet (1)

Archéologue de formation et érudit distingué, Alexis Charniguet, secrétaire de rédaction à Historia, porte sur les livres un regard décalé, enthousiaste ou narquois, toujours élégant. Une sélection d'ouvrages à retrouver uniquement sur www.historia.fr !
♦ CONFINER ALLEMAND ET ITALIEN

La langue allemande, bien plus inventive que la nôtre grâce à ses étonnants mots-valises, dispose d’un terme qui peut nous aider à surmonter notre confinement : la Schadenfreude, « joie malsaine », celle procurée par le malheur d’autrui. Quittez votre appartement, oubliez le printemps qui vient, entr’aperçu par votre fenêtre et perdez-vous dans la steppe russe, par – 40 ° C, vêtu d’un uniforme d’été et talonné par des conducteurs de chars T 34 avides de revanche… Voici la trame d’un grand classique du récit de guerre italien, La plupart ne reviendront pas, écrit par Eugenio Corti en 1947, qui retrace la fin de la division italienne Pasubio lors de l’offensive russe sur Stalingrad. De quoi relativiser le confinement actuel…
Eugenio Corti, La plupart ne reviendront pas (Le Rocher, coll. « Motifs », 2008, 9 €).
♦ PRESIDENT THAUMATHURGE

Emmanuel Macron ne cesse d’intervenir sur les antennes et sur le terrain depuis le début de la crise sanitaire. Mais quels sont les rituels républicains qui entourent (et verrouillent) les apparitions de ce Français pas comme les autres, malgré nos idéaux républicains d’égalité ? Gestuelle, parole, habillement, le président de la République française incarne les figures d’un Père, d’un Pédagogue (le « Écoutez-moi, vous allez comprendre » cher à VGE) et aujourd’hui… d’un medecine man : guérisseur héritier des rois de France et leader spirituel seul capable de proclamer la fin d’une épidémie, le président de la République française demeure une source inépuisable d’études pour les sociologues… et d’étonnement pour nous, pauvres mortels.
Denis Fleurdorge, Les Rituels du président de la République (Puf, coll. « Sociologie d’aujourd’hui », 2001, 15 euros).
♦ BERLIN 45

Hans Fallada (1893-1947) est mondialement connu pour son roman Seul dans Berlin (1947), qui retraçait la (tragique) résistance au nazisme d’une poignée de Berlinois. Moins connu est son autre roman, Le Cauchemar, publié la même année, qui brosse la vie quotidienne des Berlinois au lendemain de la chute du Reich. Aussi coupable que victime, un homme, désigné maire de son village de la banlieue de Berlin par les forces d’occupation soviétiques, va devoir gérer le passé, le présent et l’avenir de ses concitoyens. Un roman – non, une autopsie – implacable de cette Allemagne année zéro…
Hans Fallada, Le Cauchemar (Denoël, 2020, 20 euros).